Mauritanie-Chine : signature d’un bail agricole géant à M’bagne – opportunité ou inquiétude ? | Mauriweb

Mauritanie-Chine : signature d’un bail agricole géant à M’bagne – opportunité ou inquiétude ?

mer, 13/05/2026 - 09:14

Un nouveau chapitre de la coopération agricole entre la Mauritanie et la République populaire de Chine s’est ouvert ce mardi par la signature d’une convention de location à long terme portant sur près de 2 400 hectares dans la moughataa de M’bagne, région du Brakna. L’accord a été paraphé au ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

Si les autorités mauritaniennes y voient un levier pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, l’absence de précisions sur la nature des cultures et leur destination suscite des interrogations, dans un contexte mondial où l’accaparement des terres agricoles en Afrique s’intensifie.

Un projet axé sur la souveraineté alimentaire 

La convention a été signée par M. Mamoudou Mamadou Niang, ministre mauritanien des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière, et Mme Xuho Ngian, directrice de la Société chinoise des sciences et technologies.

Selon le communiqué officiel, l’objectif est clair : « valoriser les ressources locales, renforcer les capacités productives du pays, atteindre l’autosuffisance alimentaire et consolider la souveraineté alimentaire nationale ».

Le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire par intérim, M. Sid’Ahmed Mohamed, a souligné que le monde traverse des mutations sans précédent dans les chaînes d’approvisionnement, faisant de la sécurité alimentaire une priorité stratégique.

Héritage et continuité : le Centre de formation de M’Bagne

Ce projet s’inscrit dans la continuité de la coopération agricole mauritano-chinoise, déjà concrétisée par la célèbre ferme rizicole de M’Pourié à Rosso, première du genre en Mauritanie.

Il vient compléter les activités du Centre de formation et de transfert des technologies agricoles de M’Bagne, créé en 2016 sur 55 hectares entièrement aménagés. Ce centre dispose d’équipements modernes :

-Unités de formation et de production agricole,

-Deux bâtiments avicoles d’une capacité de 31 000 unités,

-Une serre,

-Une mini-usine de fabrication d’aliments pour bétail.

Un flou préoccupant sur les cultures et leur destination

Aucune information officielle n’a filtré concernant la nature des productions agricoles envisagées sur les 2 400 hectares, ni sur leur destination : marché local ou exportation.

Ce silence est d’autant plus inquiétant que de nombreux pays riches, confrontés à des crises alimentaires ou à des pressions foncières, multiplient les acquisitions de terres en Afrique pour nourrir leurs propres marchés, parfois au détriment des populations locales. La Mauritanie n’échappe pas à ce risque : sans garanties claires, ce bail à long terme pourrait détourner des ressources précieuses des besoins nationaux.

Des retombées espérées : emplois, technologies et productivité

Le ministre Sid’Ahmed Mohamed a tenu à rassurer sur les bénéfices attendus :

-Création d’emplois pour les populations de M’bagne ;

-Renforcement du transfert de technologies agricoles ;

-Amélioration de la productivité ;

-Développement de la coopération technique entre experts mauritaniens et chinois.

De son côté, l’ambassadeur de Chine en Mauritanie, M. Tang Zhongdong, a affirmé que ce projet illustre la solidité des relations bilatérales et leur volonté commune de renforcer le partenariat dans les secteurs stratégiques. Il a qualifié le centre de M’Bagne de « projet agricole parmi les plus importants réalisés par la Chine en Afrique ».

Satisfaction locale, attentes fortes

Le maire de la commune de M’Bagne, M. Hassen Seck, s’est félicité de la relance de ce projet, exprimant l’espoir qu’il « retrouve son rôle pionnier dans la formation agricole et l’encadrement des agriculteurs ».

La cérémonie s’est déroulée en présence du secrétaire général du ministère de l’Agriculture, du président de la région du Brakna, du président de la Fédération nationale de l’agriculture, ainsi que de plusieurs responsables du secteur.

Si la coopération agricole entre la Mauritanie et la Chine a déjà fait ses preuves – comme en témoigne la ferme de M’Pourié – l’ampleur inédite du bail de M’bagne impose une transparence accrue. Les autorités mauritaniennes gagneraient à préciser sans délai les types de cultures autorisées et les garanties d’approvisionnement prioritaire du marché local.

Faute de quoi, ce projet, censé renforcer la souveraineté alimentaire nationale, pourrait alimenter les craintes d’une mainmise étrangère sur les terres les plus fertiles du Brakna.