La justice et l’administration pénitentiaire montent au créneau pour répondre aux accusations sur la prison des femmes | Mauriweb

 La justice et l’administration pénitentiaire montent au créneau pour répondre aux accusations sur la prison des femmes

lun, 04/05/2026 - 11:41

Face à la polémique grandissante autour des conditions de détention à la prison des femmes de Nouakchott, le parquet et l’administration pénitentiaire ont tenté, dimanche soir, de reprendre la main. Réunis au Palais de justice d’Arafat, le procureur de la République près la wilaya de Nouakchott Sud, Abdel Samad Mohamed El Amine, entouré du directeur général adjoint de l’administration pénitentiaire, le commandant Abah Mohamed Ghali, et du chef du service de santé pénitentiaire, Abdallah Sidi Ahmed Sidna, ont tenu une conférence de presse conjointe pour répondre point par point aux accusations relayées ces derniers jours.

Une riposte directe aux avocats

À l’origine de cette sortie : une conférence organisée le 30 avril 2026 par le collectif de défense de certaines détenues, qui avait évoqué des abus et des mauvais traitements. Des accusations que le parquet qualifie sans détour de « non exactes » et « trompeuses ».

Le procureur est allé plus loin, évoquant explicitement le cadre juridique de la lutte contre la désinformation, en référence à la loi n°015/2020. Il a rappelé que la diffusion de telles informations pourrait relever de la publication de fausses nouvelles, soulignant que les auteurs de ces déclarations « sont censés connaître la loi ».

Un avertissement à peine voilé, qui donne à cette affaire une dimension judiciaire dépassant le simple débat public.

Une version officielle qui nie tout abus

Sur le fond, le parquet rejette catégoriquement les accusations. Toutes les détenues, affirme-t-il, « se trouvent dans une situation légale régulière » et les procédures ont été menées sous contrôle judiciaire.

Concernant le cas le plus médiatisé, celui d’une détenue qui aurait été violentée, la version officielle est sans ambiguïté : aucun usage de la force n’aurait eu lieu. Selon le procureur, la détenue aurait simplement refusé de regagner sa cellule le 27 avril, avant d’y être reconduite « dans le respect des procédures légales », en application de l’article 650 du Code de procédure pénale.

Même démenti sur un autre point sensible : l’entrée supposée de la détenue dans un état de coma après l’incident. Les autorités affirment disposer d’enregistrements vidéo montrant qu’elle se déplaçait normalement après les faits.

L’argument médical mobilisé

Pour appuyer cette version, le chef du service de santé pénitentiaire a détaillé la prise en charge médicale. Alertés le soir du 27 avril, les services médicaux ont dépêché une équipe sur place, avant de transférer la détenue à l’hôpital national, puis à l’hôpital des traumatologies.

Verdict, selon les autorités : aucune fracture, aucune lésion. Les examens radiologiques n’ont révélé « aucune anomalie », malgré les douleurs évoquées par la détenue au niveau de la poitrine et des membres.

Une autre affaire… inexistante selon les autorités

Le parquet a également balayé d’un revers de main les informations concernant une seconde détenue supposément victime d’abus, affirmant ne disposer d’aucune donnée corroborant cette version.

Une enquête ouverte… et une contre-offensive en préparation

Tout en rejetant les accusations, le procureur a annoncé l’ouverture d’une enquête « complète », incluant la recherche d’éventuelles parties à l’origine de la diffusion de ces informations.

Un élément clé : il ne s’agit plus seulement de vérifier des faits en prison, mais aussi d’identifier ceux qui ont contribué à leur médiatisation.

Transparence affichée, crédibilité en jeu

De son côté, l’administration pénitentiaire insiste sur une démarche de transparence et de communication. Son représentant a rappelé que les prisons ne sont pas uniquement des lieux de détention, mais aussi des structures de réinsertion, régies par des standards nationaux et internationaux.

Il a mis en avant les efforts de modernisation du secteur : amélioration des conditions de détention, renforcement de la prise en charge sanitaire, programmes de formation et de réinsertion et respect des droits fondamentaux des détenus.

Un discours institutionnel bien rodé, centré sur la dignité humaine et les garanties offertes aux détenus.

Entre démenti officiel et doute persistant

Cette conférence de presse marque une tentative claire de reprise du contrôle du récit par les autorités. Mais elle soulève, en creux, une question essentielle : celle de la confiance.

Car face à des accusations graves, deux versions s’opposent désormais : celle des avocats, qui évoquent des abus et celle des autorités, qui parlent de désinformation.

Entre les deux, l’opinion publique reste suspendue aux résultats de l’enquête annoncée.

Dans un contexte où la question des droits des détenus demeure sensible, la crédibilité des institutions dépendra moins des déclarations que des preuves rendues publiques.