
Le lancement en grande pompe du premier Forum international du tourisme en Mauritanie se voulait un signal fort. Il expose surtout un paradoxe devenu familier : un discours ambitieux, presque lyrique, et une absence persistante de vision structurée. Derrière les slogans – “épopée du sable et de la mer”, “secteur stratégique”, “terre d’opportunités” – le vide opérationnel reste difficile à masquer.
Un événement de plus dans une politique d’apparence
Sur le papier, l’initiative coche toutes les cases : présence d’acteurs internationaux, panels, expositions, appels aux investisseurs. La ministre du Commerce et du Tourisme, Zeinebou Mint Ahmednah, évoque même une “plateforme stratégique” et un tournant pour le secteur.
Mais au-delà de l’événement lui-même, une question demeure : que reste-t-il après la clôture ?
Car jusqu’ici, la stratégie touristique nationale semble se résumer à une succession de participations à des salons, de forums et de rencontres internationales. Une diplomatie de l’image, sans traduction concrète sur le terrain.
Le tourisme proclamé “pilier”… sans fondations
Le discours officiel affirme que le tourisme est désormais un pilier du développement économique . Une affirmation répétée, mais rarement étayée.
Un pilier suppose : des infrastructures fiables, une accessibilité fluide, une chaîne de services cohérente, et une politique d’investissement lisible.
Or, en Mauritanie, le secteur souffre encore de blocages structurels évidents : desserte aérienne limitée et coûteuse, insuffisance des infrastructures hôtelières aux standards internationaux, absence de circuits touristiques intégrés, formation quasi inexistante des professionnels du secteur et surtout une promotion déconnectée des réalités logistiques.
Autrement dit, on vend une destination sans en organiser réellement l’expérience.
Le poids des obstacles ignorés
Le forum met en avant les atouts du pays : désert, littoral, villes historiques comme Chinguetti, Ouadane ou le Parc National du Banc d’Arguin.
Ces richesses sont réelles. Mais elles ne suffisent pas.
Le principal problème n’est pas l’absence d’attractivité, mais l’incapacité à transformer ce potentiel en produit touristique structuré.
À cela s’ajoutent :
- la faiblesse des investissements privés, faute de cadre incitatif clair,
- l’absence de coordination entre ministères (transport, environnement, culture),
- une bureaucratie dissuasive,
- et une instabilité réglementaire qui refroidit les investisseurs.
Une stratégie qui confond communication et développement
Le plus frappant reste cette confusion persistante entre visibilité et politique publique.
Participer à des salons internationaux, organiser des forums, multiplier les discours… tout cela relève de la communication.
Mais le développement touristique exige autre chose : une planification sur 10 à 15 ans, des zones prioritaires clairement identifiées, des partenariats public-privé encadrés, des incitations fiscales ciblées et une politique de transport cohérente.
Rien de cela n’apparaît clairement aujourd’hui.
L’appel aux investisseurs : un refrain sans crédibilité
Le forum lance, une fois encore, un appel aux investisseurs étrangers. Mais sur quelle base ?
Investir dans quoi, précisément ? Avec quelles garanties ? Dans quel cadre juridique stable ?
Sans réponses à ces questions, ces appels relèvent davantage du rituel que d’une véritable stratégie d’attractivité.
Un secteur instrumentalisé, non structuré
Le tourisme mauritanien n’est pas en manque d’atouts. Il est en manque de cap.
Le forum aurait pu être l’occasion d’annoncer une feuille de route claire, des engagements précis, des réformes structurelles. Il s’est contenté de prolonger une logique déjà bien installée : celle de la mise en scène. À défaut de vision, le risque est simple : multiplier les événements pour masquer l’absence de politique.
Et dans ce domaine, comme dans d’autres, une économie ne se construit pas à coups de forums.

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