
À entendre la ministre du Commerce, Zeinebou Mint Ahmednah, tout irait pour le mieux. Les marchés seraient “stables”, les stocks “confortables”, et l’État “pleinement disposé” à protéger les citoyens. Une communication lisse, maîtrisée, presque hors sol. Car dans les faits, une autre réalité s’impose : celle d’un pouvoir d’achat qui s’érode, semaine après semaine, dans un contexte international de plus en plus instable.
Une “stabilité” qui ne résiste pas à l’épreuve des marchés
Le discours officiel insiste sur la régularité de l’approvisionnement et la présence de stocks importants – blé, riz, sucre. Pourtant, la question essentielle n’est pas celle de la disponibilité, mais celle de l’accessibilité.
Or, sur ce point, le constat est plus brutal : augmentation continue des prix de l’énergie, hausse du coût du transport, répercussion progressive sur les produits alimentaires, même ceux supposés “plafonnés”.
Le mécanisme de plafonnement, présenté comme un bouclier, ressemble davantage à un amortisseur temporaire, dont les limites apparaissent déjà. Les prix sont peut-être officiellement contenus, mais les charges annexes explosent, contournant de fait les engagements affichés.
Le contexte international : un choc que l’on refuse de nommer
La ministre évoque les “évolutions internationales” sans les qualifier. Pourtant, elles sont au cœur du problème.
La guerre au Moyen-Orient, impliquant notamment Iran, les États-Unis et Israël, a déjà provoqué : une tension sur les routes maritimes, une volatilité accrue des prix du pétrole et du gaz et une hausse des coûts d’assurance et de transport.
Dans un pays comme la Mauritanie, fortement dépendant des importations, ces chocs ne sont jamais absorbés : ils sont directement transférés aux consommateurs, avec un léger décalage.
Parler aujourd’hui de “stabilité rassurante” relève donc moins de l’analyse économique que de la gestion politique de l’inquiétude.
Le partenariat public-privé : entre entente et illusion
Le gouvernement met en avant sa coordination avec le patronat, représenté par Union nationale du patronat mauritanien. Les importateurs, dit-on, acceptent même des pertes pour préserver les prix.
Cette version mérite d’être interrogée. Dans toute économie, les pertes ne sont jamais absorbées indéfiniment : elles sont différées, compensées, ou répercutées ailleurs.
Autrement dit, la facture finit toujours par arriver. Et elle arrive rarement sur les marges des opérateurs.
Une politique de réaction, pas d’anticipation
Le point le plus préoccupant reste ailleurs : l’absence de stratégie structurelle.
Face à une crise énergétique et inflationniste mondiale, les réponses restent limitées à une surveillance des marchés, des numéros verts, et des appels à la responsabilité. Des outils utiles, mais largement insuffisants. Rien, en revanche, sur : la réduction de la dépendance énergétique, l’encouragement massif aux énergies renouvelables, la réforme des circuits d’importation, ou la protection ciblée des ménages les plus exposés.
On administre la crise, sans chercher à la contenir durablement.
Une communication qui remplace la politique économique
Au fond, le problème n’est pas tant ce qui est dit que ce qui est évité. En affirmant qu’“aucune hausse n’est prévue” avant la fin de l’accord, le gouvernement donne une illusion de maîtrise. Mais chacun sait que cette échéance n’est qu’un répit. La question n’est pas de savoir si les prix vont augmenter, mais quand, et dans quelles proportions.
Conclusion : rassurer ou préparer ?
Le décalage entre discours et réalité finit par produire l’effet inverse de celui recherché. À force de rassurer sans convaincre, on installe une défiance diffuse. À force de temporiser, on reporte les ajustements nécessaires. La situation des marchés n’est pas “rassurante”. Elle est fragile, sous tension, dépendante de facteurs extérieurs que la Mauritanie ne maîtrise pas.
Dans ce contexte, gouverner ne consiste pas à répéter que tout va bien. Mais à dire ce qui vient — et à s’y préparer sérieusement.

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