Mauritanie–FMI : des félicitations qui ne remplissent pas le panier de la ménagère | Mauriweb

Mauritanie–FMI : des félicitations qui ne remplissent pas le panier de la ménagère

ven, 26/06/2026 - 11:18

Par la rédaction du Quotidien de Nouakchott

Le Fonds monétaire international vient une nouvelle fois de saluer la Mauritanie. Son Conseil d'administration a approuvé un nouveau programme de financement de 42 mois dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et du Mécanisme élargi de crédit (MEDC), tout en validant la dernière revue du programme consacré à la résilience climatique. Pour Washington, le bilan est largement positif : stabilité macroéconomique, discipline budgétaire, réformes institutionnelles et amélioration du cadre de gouvernance.  

À première vue, le satisfecit est flatteur. Il confirme que la Mauritanie demeure un partenaire crédible auprès des bailleurs internationaux et qu'elle continue d'accéder à des financements concessionnels dans un contexte mondial particulièrement tendu.

Mais derrière ces indicateurs rassurants se pose une question plus fondamentale : la réussite macroéconomique se traduit-elle réellement dans la vie quotidienne des Mauritaniens ?

Le FMI met en avant la consolidation budgétaire, la flexibilité du taux de change, le renforcement de la gouvernance, la réforme des entreprises publiques et l'intégration des enjeux climatiques dans les politiques publiques. Autant d'objectifs légitimes qui répondent aux standards internationaux de bonne gestion.  

Pourtant, l'expérience montre que les équilibres macroéconomiques ne suffisent pas à eux seuls à améliorer le niveau de vie. La croissance peut être solide tout en laissant subsister un chômage élevé, des inégalités persistantes et un pouvoir d'achat en recul.

Ces derniers mois, les ménages mauritaniens ont surtout retenu une succession de hausses des prix des carburants, dont les effets se répercutent sur le transport, les produits alimentaires et le coût général de la vie. Certes, le FMI insiste régulièrement sur la nécessité de réduire les subventions généralisées afin de préserver les finances publiques, mais cette logique économique se heurte à une réalité sociale beaucoup plus difficile.

La discipline budgétaire constitue un objectif indispensable. Elle ne peut cependant devenir une fin en soi si elle se traduit par une contraction durable du pouvoir d'achat.

Le nouveau programme annonce également un accent plus marqué sur la réduction de la pauvreté et sur une croissance portée par le secteur privé. L'intention est louable. Encore faudra-t-il que cette ambition dépasse le cadre des documents stratégiques.

Le secteur privé mauritanien demeure confronté à plusieurs contraintes : accès limité au financement, coût élevé de l'énergie, faiblesse de l'industrialisation, lourdeurs administratives et dépendance persistante à quelques secteurs extractifs. Sans progrès significatifs sur ces fronts, les promesses de diversification risquent de rester théoriques.

Autre point essentiel : la gouvernance des entreprises publiques. Le FMI insiste sur la poursuite des réformes dans ce domaine. Là encore, l'enjeu dépasse les textes. Les citoyens attendent davantage de transparence dans la gestion des ressources nationales, une meilleure évaluation des performances des établissements publics et une responsabilisation accrue de leurs dirigeants.  

Le communiqué souligne enfin que les nouveaux accords devraient servir de catalyseur pour mobiliser d'autres financements internationaux. C'est incontestablement un avantage. Mais chaque nouveau programme implique également des engagements supplémentaires et un suivi régulier des politiques publiques. L'enjeu n'est donc pas uniquement de recevoir davantage de financements ; il est aussi de démontrer que ces ressources produisent des résultats tangibles.

En définitive, le communiqué du FMI décrit une Mauritanie qui progresse dans ses réformes économiques et institutionnelles. Il serait excessif de nier ces avancées. Les critères de performance ont été globalement respectés, plusieurs réformes ont été mises en œuvre et le pays conserve la confiance des partenaires financiers internationaux.  

Mais une économie ne se mesure pas uniquement à la stabilité de ses agrégats macroéconomiques. Elle se juge également à la capacité des citoyens à trouver un emploi, à créer une entreprise, à accéder à des services publics de qualité et à préserver leur pouvoir d'achat.

Le véritable succès du nouveau programme ne sera donc pas celui annoncé dans les communiqués officiels. Il se mesurera dans les marchés de Nouakchott, dans les ateliers des PME, dans les exploitations agricoles, dans les ports de pêche et dans les foyers mauritaniens.

Car les équilibres financiers constituent un moyen. Ils ne sauraient devenir l'objectif ultime d'une politique économique.