Visas pour l’Espagne : entre promesses de cybersécurité et réalité d’un marché parallèle des rendez-vous | Mauriweb

Visas pour l’Espagne : entre promesses de cybersécurité et réalité d’un marché parallèle des rendez-vous

jeu, 05/03/2026 - 11:38

L’entreprise BLS International, prestataire chargé de la gestion des demandes de visa pour l’Ambassade d’Espagne en Mauritanie, vient d’annoncer un renforcement de ses dispositifs de cybersécurité en Mauritanie. L’objectif affiché : sécuriser les plateformes de prise de rendez-vous et garantir un accès « fiable, transparent et équitable » aux demandeurs de visa.

Selon le groupe, qui opère des services consulaires pour de nombreux gouvernements à travers le monde, les systèmes informatiques utilisés pour la prise de rendez-vous et l’enrôlement biométrique ont été renforcés grâce à des technologies avancées, notamment des pare-feu applicatifs, des codes de vérification OTP et des mécanismes de validation destinés à empêcher les fraudes automatisées.

Pour Akash Patil, directeur régional Afrique de l’Ouest de BLS International, ces investissements visent à « renforcer la résilience des services et améliorer l’expérience utilisateur ».

Sur le papier, l’initiative apparaît louable. Mais sur le terrain, en Mauritanie, la réalité décrite par de nombreux demandeurs de visa est bien différente.

Car malgré ces annonces technologiques, un phénomène persistant continue d’alimenter la frustration des usagers : la revente de rendez-vous pour le dépôt des dossiers de visa. Dans plusieurs quartiers de Nouakchott, des intermédiaires proposent ouvertement — ou via les réseaux sociaux — des créneaux de rendez-vous supposément introuvables sur la plateforme officielle.

Le paradoxe est frappant : alors que les demandeurs ordinaires passent parfois des semaines, voire des mois, à tenter d’obtenir un rendez-vous en ligne, certains « facilitateurs » semblent, eux, disposer d’un accès quasi immédiat à ces créneaux… moyennant paiement.

Les tarifs varient selon l’urgence et la période, mais plusieurs témoignages évoquent des sommes pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers d’ouguiyas pour un simple rendez-vous.

Cette situation pose inévitablement plusieurs questions.

Si les systèmes sont réellement protégés par des mécanismes de cybersécurité avancés et par des contrôles automatisés, comment expliquer la persistance d’un marché parallèle aussi visible ?
S’agit-il d’une exploitation de failles techniques ? D’un détournement des procédures ? Ou simplement d’un système de captation de créneaux par des acteurs plus organisés que les demandeurs ordinaires ?

Pour de nombreux Mauritaniens, la réponse importe moins que le résultat : un sentiment d’injustice et d’opacité dans l’accès à un service pourtant censé être automatisé et équitable.

Ce phénomène n’est d’ailleurs pas propre à la Mauritanie. Dans plusieurs pays africains, la gestion externalisée des visas par des sociétés privées a déjà suscité des critiques similaires : rareté artificielle des rendez-vous, apparition d’intermédiaires et multiplication de services informels autour de procédures pourtant censées être entièrement numériques.

Dans ce contexte, les annonces technologiques de BLS International apparaissent comme une réponse technique à un problème qui semble aussi organisationnel et humain.

Car tant que les demandeurs auront le sentiment que les rendez-vous officiels sont plus accessibles par l’intermédiaire d’un « courtier » que par la plateforme officielle, la promesse d’un système numérique transparent restera, pour beaucoup, une promesse encore éloignée de la réalité.

Et la question centrale demeurera :
la cybersécurité suffit-elle à résoudre un problème qui relève peut-être davantage de la gouvernance du système que de la technologie elle-même ?