
Le directeur de l’Office National de l’Assainissement (ONAS), Mohamed Beily Sidi Ahmed Deyé, a effectué lundi une visite d’inspection du projet d’assainissement de Nouakchott – pôle (A), appelant à l’accélération des travaux et au renforcement des ressources humaines et logistiques sur le chantier.
Sur le papier, le message est clair : intensifier le rythme, respecter les cahiers des charges, renforcer la coordination technique. Mais sur le terrain, une question demeure : pourquoi en est-on encore à demander d’accélérer ?
Un chantier stratégique qui avance lentement
La visite a notamment concerné : la station de traitement des eaux usées, maillon final du système, les travaux de génie civil déjà réalisés, les infrastructures de base et les sites destinés aux stations de relevage et de pompage des eaux usées et pluviales.
Autant d’éléments essentiels pour une capitale régulièrement confrontée aux inondations, aux stagnations d’eaux usées et aux risques sanitaires.
Si l’appel à accélérer est aujourd’hui nécessaire, cela signifie implicitement que le rythme actuel n’est pas satisfaisant.
Nouakchott face à une urgence chronique
Chaque saison des pluies rappelle la fragilité du réseau d’assainissement de la capitale quartiers submergés ; routes impraticables ; prolifération de maladies hydriques et dégradation accélérée des infrastructures.
Dans une ville en expansion démographique rapide, l’assainissement ne devrait plus être un projet technique parmi d’autres, mais une priorité nationale permanente.
Or, les annonces se succèdent depuis des années, tandis que les habitants continuent de vivre avec les mêmes vulnérabilités structurelles.
Un problème de moyens ou de gouvernance ?
Le directeur de l’ONAS a insisté sur la nécessité de renforcer les équipes et les moyens logistiques. Cette injonction soulève plusieurs interrogations : Les ressources étaient-elles sous-dimensionnées dès le départ ? Le calendrier initial était-il réaliste ? La coordination entre les différents intervenants est-elle réellement efficace ? Existe-t-il un mécanisme de suivi transparent des délais et des coûts ?
L’expérience des grands projets urbains montre que les retards sont rarement uniquement techniques ; ils sont souvent liés à des failles de planification, de pilotage ou de financement.
Un enjeu sanitaire et économique majeur
Au-delà des considérations administratives, l’assainissement est un enjeu : de santé publique de dignité urbaine ; d’attractivité économique et de résilience climatique.
Une capitale qui aspire à devenir un pôle régional ne peut rester dépendante de solutions provisoires face aux eaux usées et aux pluies saisonnières.
Accélérer, oui… mais jusqu’à quand ?
L’appel à accélérer les travaux est nécessaire et légitime. Mais il pose implicitement la question du retard accumulé.
La population de Nouakchott n’attend pas des visites d’inspection régulières ; elle attend des résultats visibles et durables.
Le véritable défi n’est pas seulement d’accélérer un chantier, mais de garantir : le respect des délais, la transparence des coûts, la qualité technique des infrastructures et la maintenance à long terme.
Sans cela, le projet risque de rejoindre la longue liste des infrastructures annoncées avec ambition, mais réalisées avec lenteur.
Nouakchott ne peut plus se permettre que l’assainissement reste un dossier en chantier permanent.

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