Ambassade des Emirats Arabes Unis/Nouakchott: Des anciens policiers mauritaniens ayant servis dans ce pays manifestent en exigeant justice et réparations face à des pratiques de recrutement controversées | Mauriweb

Ambassade des Emirats Arabes Unis/Nouakchott: Des anciens policiers mauritaniens ayant servis dans ce pays manifestent en exigeant justice et réparations face à des pratiques de recrutement controversées

mar, 03/02/2026 - 21:03

Devant les grilles de l'ambassade des Émirats arabes unis (EAU) à Nouakchott, ce mardi, une protestation silencieuse mais lourde de sens a capté l'attention. D'anciens policiers mauritaniens, ayant consacré des décennies de leur vie au service de la police émiratie, sont venus réclamer justice et la reconnaissance de leurs "droits légitimes". Cette action ne révèle pas seulement un contentieux vieux de plusieurs années ; elle met en lumière une problématique plus large et persistante autour du recrutement et du traitement des travailleurs mauritaniens destinés aux EAU.

Un contentieux de longue date : "Nous étions comme des esclaves"

Le porte-parole du mouvement, Ali Mokhtar, président de l'association des anciens policiers, ne mâche pas ses mots pour décrire un passé douloureux. "Les anciens policiers étaient comme des esclaves, travaillant sans aucune convention", affirme-t-il. Pourtant, ces hommes se considéraient comme des ambassadeurs. "Nous sommes allés représenter la Mauritanie aux Émirats arabes unis. Nous y avons servi plus de trente ans comme des ambassadeurs de notre pays", témoigne un autre manifestant.

Leur colère actuelle est attisée par un sentiment de trahison institutionnelle. Il y a un an, ils ont sollicité l'ambassadeur émirati. "L'ambassadeur a nié nos droits, mais il s'est engagé à transmettre notre message", rapporte M. Mokhtar. Un an plus tard, silence total. "L'ambassadeur ne nous a pas répondu et a refusé de nous rencontrer". Ils réclament aujourd'hui avec insistance que les États mauritanien et émirati "se penchent sur leur cas" pour leur octroyer leurs droits, qu'ils estiment imprescriptibles.

Un schéma inquiétant qui se perpétue : Recrutements récents et pratiques abusives

Le cas de ces anciens policiers n'est malheureusement pas une relique du passé. Il s'inscrit dans un schéma de recrutement actuel qui soulève de sérieuses inquiétudes. Récemment, des sociétés de sécurité émiraties ont recruté, sur concours local en Mauritanie, près d’une centaine d'agents de sécurité sous contrat de deux ans renouvelable pour une durée indéterminée.

Les dysfonctionnements dénoncés sont graves :

-Rétention de documents : Les agents ne reçoivent pas copie de leur contrat et voient leurs passeports confisqués ;

-Privation de droits légaux : Alors que leur contrat prévoit des congés payés après deux ans, ces agents, pourtant recrutés localement, ne bénéficient pas des titres de transport pour leur retour, une obligation légale non respectée ;

-Recrutement payant : L'accès à ces emplois est conditionné par la réussite au test mais également au paiement d'un intermédiaire local, exigeant plus de 150 000 MRU pour couvrir les frais de visa et le billet d'avion (aller simple).

L'absence criante de protection institutionnelle

Le point commun entre les anciens policiers et les nouveaux agents de sécurité est le sentiment d'un abandon par les autorités mauritaniennes compétentes. "Ce qui est déplorable (…) est que des travailleurs mauritaniens recrutés sur le sol national voient leurs droits spoliés sans aucune assistance des autorités administratives concernées", peut-on constater.

Cette carence de protection et de suivi place les travailleurs, qu'ils soient partis il y a trente ans ou aujourd'hui, dans une extrême vulnérabilité face à des pratiques abusives, et érode la confiance dans les mécanismes de coopération bilatérale.

La manifestation de mardi est bien plus qu'un rappel à l'ordre pour un vieux dossier. Elle est un signal d'alarme sur la nécessité d'un cadre réglementaire strict et protecteur encadrant l'ensemble des recrutements opérés depuis le territoire mauritanien. Les deux gouvernements sont désormais interpellés de manière pressante.

D'un côté, il s'agit de répondre aux anciens policiers qui réclament dignité et reconnaissance pour un service rendu. De l'autre, et de manière plus urgente, il est impératif d'enquêter et de mettre fin aux pratiques abusives des recrutements actuels, de garantir la restitution des passeports et le respect intégral des contrats. La détermination des manifestants montre que l'inaction des autorités risque de nourrir un mécontentement social durable et de ternir les relations bilatérales. Le silence diplomatique et administratif n'est plus une option.