Mines : le projet cuivre-or de Diaguili devient le principal pari de l’australien Zeus Resources | Mauriweb

Mines : le projet cuivre-or de Diaguili devient le principal pari de l’australien Zeus Resources

lun, 03/08/2026 - 12:31

La société australienne Zeus Resources veut acquérir jusqu’à 100 % de Sab Metals Mauritania SARL, détentrice du permis d’exploration du projet cuivre-or de Diaguili, dans le Guidimakha. Présentée comme une opération de 2 millions de dollars américains, la transaction reste cependant étroitement liée au renouvellement du permis mauritanien et à la confirmation de résultats géologiques anciens. À ce stade, il s’agit encore d’un projet d’exploration, sans ressources certifiées ni garantie de mise en exploitation.

Le projet cuivre-or de Diaguili occupe désormais une place centrale dans la stratégie de Zeus Resources. Dans son rapport trimestriel transmis le 31 juillet à la Bourse australienne, la compagnie fait de son entrée en Mauritanie son principal événement depuis la clôture du trimestre achevé le 30 juin 2026.

Le 23 juillet, Zeus Resources a annoncé la signature d’un accord ferme portant sur l’acquisition progressive de jusqu’à 100 % de Sab Metals Mauritania SARL. Cette société détient le permis d’exploration n° 2475B2 couvrant le projet de Diaguili, situé dans le Guidimakha, au sud de la Mauritanie.

La transaction est évaluée à 2 millions de dollars américains, répartis à parts égales entre un paiement en numéraire et l’émission d’actions Zeus. Elle doit être réalisée en quatre étapes sur une période de 24 mois. La première tranche permettrait à la compagnie australienne d’acquérir une participation de 51 %, avant une montée progressive à 70 %, 90 %, puis éventuellement 100 %.  

Une acquisition dépendante du permis mauritanien

La formulation de l’accord invite toutefois à la prudence. Zeus Resources ne détient pas encore automatiquement la totalité du projet. Les trois dernières tranches de l’acquisition sont notamment conditionnées au renouvellement du permis d’exploration mauritanien.

Cette disposition fait du calendrier administratif un élément déterminant. Sans reconduction du titre minier, la montée de Zeus au capital de Sab Metals Mauritania pourrait être interrompue. Le rapport ne fournit cependant pas de précisions détaillées sur la durée résiduelle du permis, la date de dépôt de la demande de renouvellement ou les éventuelles obligations de travaux attachées à ce titre.

Pour la Mauritanie, cette question est loin d’être secondaire. Elle doit permettre de savoir si la transaction annoncée à l’étranger s’accompagnera effectivement d’investissements de terrain, d’un calendrier de forage précis et d’engagements vérifiables en matière d’emploi, de sous-traitance et de retombées locales.

Des indices prometteurs, mais encore anciens

Zeus présente Diaguili comme un projet « prêt à être foré », implanté dans la chaîne géologique des Mauritanides. Cette ceinture abrite notamment le gisement cuivre-or de Guelb Moghrein, exploité près d’Akjoujt.

Les arguments avancés reposent principalement sur des travaux historiques, dont plusieurs forages réalisés par le Bureau de recherches géologiques et minières français dans les années 1970. Parmi les résultats cités figure une intersection de 22,25 mètres affichant une teneur moyenne de 2,10 % de cuivre à partir d’une profondeur de 48 mètres, dont 11,25 mètres à 3,36 %.

Un autre forage aurait recoupé 12,7 mètres à 2,94 % de cuivre, tandis qu’une troisième intersection historique ferait état de 35 mètres à 1,44 %. Sur les 49 anciens forages recensés, la plupart n’auraient pas dépassé une profondeur de 100 mètres.

Ces chiffres peuvent indiquer une minéralisation intéressante, mais ils ne constituent pas encore une découverte économiquement exploitable. Zeus reconnaît que les données originales ne sont pas toutes disponibles pour une vérification indépendante et que ces résultats ne sont pas conformes à l’actuel code australien JORC 2012, utilisé pour encadrer la publication des ressources et réserves minières.

Autrement dit, Diaguili ne dispose actuellement d’aucune estimation certifiée du tonnage de minerai, d’aucune ressource conforme aux standards internationaux, ni d’étude économique démontrant la rentabilité d’une éventuelle mine.

Une levée de fonds de deux millions de dollars australiens

Pour financer l’acquisition et les premiers travaux, Zeus Resources affirme avoir obtenu des engagements fermes pour une levée de 2 millions de dollars australiens. Les actions doivent être émises au prix de 0,006 dollar australien l’unité.

Les administrateurs de la compagnie se sont engagés à souscrire 90 000 dollars australiens. Une partie du placement reste cependant soumise à l’approbation des actionnaires.

À la fin du mois de juin, Zeus disposait d’une trésorerie de 1,277 million de dollars australiens, contre 1,505 million au début du trimestre. La compagnie avait consommé 202 000 dollars pour ses activités courantes et 94 000 dollars pour ses investissements. Elle avait également reçu un prêt à court terme de 68 101 dollars australiens, non garanti et sans intérêt, de Neuron Investments LLC.

Sur la base de son rythme de dépenses, Zeus estime disposer d’environ 5,7 trimestres de financement. Cette projection ne prend toutefois pas pleinement en compte les décaissements liés à l’acquisition mauritanienne et le coût d’une véritable campagne de forages.

La levée de fonds apparaît donc indispensable au lancement du programme annoncé. Elle ne garantit pas, à elle seule, que les moyens disponibles suffiront jusqu’à l’établissement d’une première estimation de ressources.

Un programme de forage encore à concrétiser

La compagnie prévoit d’abord de retraiter des données électromagnétiques aéroportées datant de 2008. Ce travail doit permettre de construire un modèle tridimensionnel des conducteurs géologiques situés sous la zone déjà explorée.

Zeus envisage ensuite des forages à circulation inverse et des forages carottés. La première étape consistera à vérifier les résultats historiques avant de rechercher d’éventuelles extensions de la minéralisation en profondeur et le long de sa direction géologique.

Le démarrage de ces travaux reste soumis à plusieurs conditions : finalisation de l’acquisition, disponibilité du financement, autorisations nécessaires et accessibilité saisonnière du site. Aucun calendrier ferme de forage, aucun budget détaillé pour la Mauritanie et aucun objectif chiffré en mètres forés n’ont encore été rendus publics.

La Mauritanie au premier plan d’une petite compagnie

Le contraste est notable avec les autres actifs de Zeus. Entre avril et juin, aucun travail de terrain n’a été effectué sur son projet d’antimoine Casablanca, dans le centre du Maroc. Les six permis marocains de la compagnie, arrivés à expiration le 13 mars, font l’objet de demandes de prorogation pour quatre années supplémentaires.

Son projet de Kalabity, en Australie-Méridionale, n’a pas davantage enregistré de travaux de terrain durant le trimestre. Dans les deux cas, l’activité est demeurée essentiellement administrative ou préparatoire.

Le dossier mauritanien concentre ainsi les principales annonces, les besoins immédiats de financement et les futurs travaux d’exploration de Zeus. Cette situation peut accélérer les recherches à Diaguili, mais elle rend également le projet dépendant des capacités financières et techniques d’une société qui reste de taille modeste.

Les retombées nationales restent à définir

L’arrivée d’un nouvel investisseur dans le cuivre et l’or confirme l’intérêt suscité par le potentiel géologique mauritanien, au-delà du minerai de fer qui domine encore le secteur extractif national. Le cuivre bénéficie en outre d’une demande mondiale soutenue par le développement des réseaux électriques et des technologies liées à la transition énergétique.

Il serait néanmoins prématuré de présenter Diaguili comme une future mine. Entre l’acquisition d’un permis d’exploration et le lancement d’une exploitation commerciale, plusieurs étapes restent à franchir : confirmation des teneurs, délimitation d’une ressource, études métallurgiques, évaluation économique, étude d’impact environnemental, mobilisation de capitaux beaucoup plus importants et délivrance éventuelle d’un permis d’exploitation.

Les autorités mauritaniennes devront également veiller à ce que le renouvellement du permis soit lié à des engagements précis. Le pays ne gagnerait rien à voir des titres miniers changer de mains ou servir à valoriser des sociétés sur des marchés étrangers sans travaux suffisants sur le terrain.

L’enjeu sera donc de vérifier que l’opération financière annoncée en Australie se traduira, au Guidimakha, par des forages effectifs, des emplois, des contrats pour les entreprises nationales, un partage transparent des données géologiques et, si une découverte commercialement viable est confirmée, des retombées durables pour les populations et les finances publiques.