
Les autorités mauritaniennes ont lancé une campagne de semis aérien destinée à restaurer les pâturages et à régénérer la couverture végétale dans neuf régions du pays. Prévue sur quatre jours, l’opération ambitionne de couvrir 8,7 millions d’hectares, dans un contexte marqué par la désertification, les feux de brousse et une pression croissante du cheptel sur les ressources naturelles. Mais l’ampleur annoncée du territoire concerné soulève aussi la question des moyens mobilisés et de l’efficacité réelle du dispositif.
Les autorités ont donné vendredi le coup d’envoi d’une vaste opération d’ensemencement aérien. Pendant quatre jours, trois tonnes de graines d’espèces locales résistantes à la sécheresse doivent être dispersées sur des zones réparties entre neuf régions.
Le recours à l’aviation doit permettre d’atteindre rapidement des espaces dégradés ou difficilement accessibles par voie terrestre. L’objectif affiché est multiple : favoriser la régénération de la couverture végétale, restaurer les pâturages, améliorer la fertilité des sols et contribuer à la stabilisation des dunes.
Cette technique présente l’avantage d’intervenir sur de grandes superficies en un temps relativement court. Son efficacité dépend néanmoins de plusieurs facteurs : la qualité des semences, la nature des sols, le calendrier des précipitations, la protection des zones traitées contre le surpâturage et le suivi effectué après la dispersion.
« Un pilier essentiel »
La ministre de l’Environnement et du Développement durable, Messouda Baham Mohamed Laghdaf, a présenté cette campagne comme « un pilier essentiel » de la politique nationale de lutte contre la désertification.
« À travers cette campagne, trois tonnes de graines locales soigneusement sélectionnées seront dispersées afin de contribuer à la restauration des écosystèmes et à la promotion d’un développement environnemental durable », a-t-elle déclaré.
Selon la ministre, les espèces retenues sont adaptées aux conditions climatiques du pays et devraient contribuer à la régénération des zones les plus affectées par la dégradation des terres. À terme, l’opération pourrait également renforcer la disponibilité des ressources fourragères et réduire la mobilité forcée des éleveurs à la recherche de pâturages.
Toutefois, le rapport entre les trois tonnes de semences annoncées et les 8,7 millions d’hectares visés mérite d’être clarifié. Une simple répartition théorique correspondrait à moins d’un gramme de graines par hectare. Il importe donc de préciser si l’ensemble de cette superficie doit être effectivement ensemencé ou si elle représente plutôt l’aire globale survolée, à l’intérieur de laquelle des zones prioritaires seront ciblées.
Plus de 84 % du territoire touché
Cette campagne intervient dans un contexte de dégradation environnementale accélérée. Le 8 juin dernier, la ministre avait indiqué que la désertification affectait plus de 84 % du territoire national. Elle avait également alerté sur les menaces pesant sur le littoral, les sols, les ressources pastorales et la biodiversité.
La Mauritanie, dont la superficie dépasse un million de kilomètres carrés, demeure particulièrement exposée à la progression du désert. La faiblesse et l’irrégularité des précipitations, les sécheresses répétées, la disparition progressive des formations forestières et l’exploitation excessive de certaines ressources fragilisent durablement les écosystèmes.
À ces facteurs s’ajoutent l’urbanisation mal maîtrisée, la coupe du bois, l’érosion des sols et l’ensablement des infrastructures, des terres agricoles et des points d’eau. La lutte contre la désertification ne peut donc reposer uniquement sur des campagnes ponctuelles. Elle nécessite une politique continue de protection, de suivi et de restauration des espaces traités.
Les feux de brousse, une menace récurrente
D’après les données du ministère de l’Environnement, les incendies détruisent chaque année près de 100 000 hectares de pâturages. Ces feux, souvent liés à des imprudences humaines ou à l’insuffisance des dispositifs de prévention, provoquent des pertes importantes pour les éleveurs et accélèrent l’appauvrissement des sols.
La pression sur les ressources pastorales est d’autant plus forte que le cheptel national dépasse 30 millions de têtes et enregistrerait une croissance annuelle supérieure à 3,5 %. Cette progression constitue un atout économique, mais elle augmente également les besoins en eau et en fourrage.
Dans plusieurs zones, la concentration des troupeaux autour des points d’eau empêche la végétation de se reconstituer. Sans mise en défens temporaire des espaces ensemencés et sans mécanismes de contrôle, les jeunes pousses risquent d’être consommées avant d’atteindre leur maturité.
Une opération qui devra être évaluée
Pour produire des résultats durables, l’ensemencement aérien devra être accompagné de mesures complémentaires : réalisation de pare-feux, surveillance des zones restaurées, implication des communautés locales, contrôle des coupes abusives et gestion concertée des pâturages.
Les autorités devront également communiquer sur les espèces dispersées, les régions concernées, les critères de sélection des sites, le coût de l’opération et les indicateurs retenus pour en mesurer l’efficacité. Un bilan après l’hivernage permettrait notamment d’évaluer le taux de germination et la superficie réellement restaurée.
Face à l’ampleur de la désertification, cette campagne constitue un signal politique appréciable. Mais sa réussite ne pourra être mesurée au nombre d’hectares annoncés ou de graines larguées. Elle dépendra surtout de la capacité des pouvoirs publics à assurer un suivi rigoureux et à protéger durablement les terres traitées.

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