Mauritanie : fin de la trêve politique | Mauriweb

Mauritanie : fin de la trêve politique

mer, 04/05/2022 - 19:48

Afrimag - La Mauritanie est sur le point d’être « guérie » de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19). Depuis un mois, le bulletin sanitaire du ministère de la Santé annonce zéro décès et une ou deux contaminations par jour.

Mais cette happy end sanitaire, synonyme de « libération » d’une pandémie qui a régné sur le monde près de trois ans, risque d’être gâchée par la fin de la trêve politique tacitement établie, depuis août 2019, entre le pouvoir du président Ghazouani et son opposition.

Après avoir longtemps polémiqué sur la nature des discussions à engager (concertations, selon la majorité, dialogue dit l’opposition), les deux parties ont mis en place un Comité paritaire dit de «gestion de la concertation» comprenant 18 représentants de partis politiques et présidé par Yahya Ould Ahmed El Waghef, l’ancien Premier ministre sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, fraîchement nommé Ministre Secrétaire général de la Présidence par Ghazouani.

Les premières réunions de ce comité ad hoc ont permis de baliser le terrain de concertations dont une bonne partie de l’opinion publique nationale juge « inutiles et incertaines », le pays ne vivant pas une crise politique particulière mais plutôt une situation socio-économique trouble à cause de la flambée des prix et du rendement d’un gouvernement dont l’action est de plus en plus critiquée, dans son ensemble, par le président de la République lui-même ! D’aucuns pensent même que le remaniement ministériel d’il y a un mois, avec la sortie de 15 ministres, est une manière pour Ghazouani d’exprimer éloquemment le désaveu de la rue.

L’entrée en lice du président de l’Union Pour la République (UPR), parti au pouvoir, Sidi Mohamed Ould Taleb Amar, du vice-président de la formation présidentielle, Yahya Ould Ahmed El Waghef et d’une bonne dizaine de membres du conseil national de l’UPR est vue, par bon nombre d’observateurs, comme le retour de la politique, à un peu plus d’un an des élections (municipales, législatives et régionales, en 2023, présidentielles, en 2024).

Boudant des concertations dont le maître de cérémonie semble être l’UPR, le premier parti à en avoir adopté le principe et dont le vice-président en assure la supervision directe, au nom du président de la République, Biram Dah Abeid a préféré entamer une longue tournée à l’intérieur du pays qui l’a déjà conduit dans les régions du sud de la Mauritanie (Trarza, Gorgol, Brakna, Guidimagha) et de Dakhlet-Nouadhibou, frontalière avec le Maroc.

Son parti RAG, toujours pas reconnu, essaie de combler le vide « politique » qu’une ONG comme l’Initiative pour la Résurgence d’un Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA), pionnière dans le domaine des droits de l’homme, ne peut combler ne voulant pas être taxée de « mélange des genres ».

Alors que le député Biram Dah Abeid, ancien candidat à la présidentielle arrivé deuxième en 2014 et 2019 est en précampagne, selon certains leaders de la majorité, à Nouakchott, on se concerte, en prenant soin de préciser, qu’ON NE DIALOGUE PAS. En tout cas, pas encore.

Messaoud Ould Boulkheir, ancien président de l’Assemblée nationale, et « opposant historique » depuis plus de quarante ans, a fini par céder aux pressions du pouvoir et accepté finalement de « prendre le train en marche ».

Mais Biram Dah Abeid sait pertinemment que le combat ne vient que commencer. « Les forces du Mal, celles qui tirent du statu quo ante leur force maléfique, ne sont pas prêtes à lutter à armes égales avec moi », aime-t-il répéter souvent.

Le refus d’autoriser notre parti RAG vient essentiellement de cette crainte, parce que, sans appui, nous avons déjà prouvé ce dont nous sommes capables en arrivant second à la présidentielle de 2014 et celle de 2019. »

Un succès qui a aussi traumatisé une opposition décadente mais dont les leaders refusent d’accepter la vérité des faits : se ranger derrière BDA devenu le chef de file incontestable de cette opposition et qui pense être le seul, présentement, à pouvoir imposer l’alternative au pouvoir par les voie des urnes.

Par Mohamed Sneïba, Correspondant permanent - Nouakchott