Candidature unique de l’opposition : Piètre spectacle | Mauriweb

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"Ce pouvoir nous a tout pris, même notre dignité, notre liberté, notre justice, notre santé, notre ceinture verte, notre aéroport, notre zone franche, notre port,nos mines (....jusqu'au gravier), nos écoles....on lui demande de tout nous rendre... 
LA PEUR A DISPARU"

 

Candidature unique de l’opposition : Piètre spectacle

jeu, 14/03/2019 - 10:00
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Regroupant l’essentiel des partis  politiques de l’opposition, l’Alliance Electorale de l’Opposition Démocratique (AEOD) peine toujours à accoucher d’un candidat unique pour la présidentielle prochaine. Elle s’y était pourtant engagée, depuis bien longtemps, mais après des mois et des mois de gestation, ses divers camps n’arrivent toujours pas à s’entendre sur le choix d’un seul candidat. Pathétique  spectacle… Les militants de l’opposition et, même, de certains segments de la majorité escomptaient  une alternative  crédible et une alternance démocratique  qui permette, au pays, de se débarrasser du régime des kakis qui ont mis le pays sous coupe réglée, depuis 1978. Leurs aspirations semblent aujourd’hui s’estomper, à moins que les acteurs politiques de ce pôle politique essentiel à la démocratie mauritanienne, réussissent à se surpasser. Difficile cependant de s’accrocher à ce mince espoir, même si l’AEOD  a réussi, en tout cas jusque ici, à maintenir ce que d’aucuns  considèrent comme une  « unité de façade ». Contre vents et marées,  dirait un autre…

Pour se présenter à la présidentielle de 2019, avec quelque chance de succès, l’opposition avait fait le constat de l’impérieuse nécessité d’une candidature unique. Cela impliquait de s’entendre, tout d’abord, sur un programme de gouvernance. Mais, très vite, la  commission s’est focalisée sur le choix du candidat, reléguant, au second plan, le programme  commun de gouvernement. Une approche qui a semé le doute, chez nombre de leaders de l’AEOD qui se sont mis à ne plus  vendre bien cher le projet de candidature unique. Selon leur analyse, les partis politiques sans candidat possible à la présidentielle  n’accepteraient pas l’émergence de  potentiels concurrents et, traînant les pieds, joueraient sur le pourrissement, en prêchant une candidature externe.

Les faits semblent leur donner raison. Tout paraissait bien  aller, jusqu’à l’entrée en lice de l’ex- PM, Sidi Mohamed ould Boubacar. Particulièrement inattendue –  l’intéressé n’ayant jamais, c’est le moinsqu’on puisse dire, brillé dans l’opposition – cette candidature a beaucoup perturbé les plans de celle-ci et de divers de ses leaders  qui se sont battus, des années durant, contre le pouvoir en place. Ils espéraient, en briguant la magistrature suprême, sortir de l’ombre. Un légitime aboutissement, au demeurant, quelle que soit l’issue de la bataille. L’opposition n’a de sens que si elle aspire au pouvoir,  par la voie des urnes. « Comment donc  s’être si longtemps  battue, en ce sens, pour ne servir, enfin de compte et sur un plateau d’argent, le pouvoir  qu’à un intrus ? », s’est interrogé l’un des  leaders de l’opposition. Ce n’est donc pas peu de dire que l’entrée  en scène  d’Ould Boubacar a dérangé l’AEOD, même s’il a, semble-t-il, séduit certains partis de celle-ci. Dérangement puis carrément blocage des  tractations au sein de l’Alliance, les soutiens à l’ex-PM n’hésitant d’autant moins à déclarer que leur candidat aurait, croient savoir certains, l’appui d’Ould Bouamatou, le célèbre homme d’affaires et opposant d’Ould  Abdel Aziz, très influent auprès de l’opposition mauritanienne.

 

Père, garde-toi à droite ! Père, garde-toi à gauche !

Autre problématique, la candidature même d’Ould Ghazwani  qui pourrait, à en croire certaines confidences, compter sur le soutien d’une partie de ladite opposition.  On suspecte notamment un des grands partis de celle-cide lorgner de ce côté, avec, à la clé, un deal qui l’amènerait à contribuer à diviser  sa famille politique. Il est en tout cas certain que l’échec de l’AEOD  profiterait à Ghazwani  qui se présente  en « candidat  indépendant ».  Même si l’un des leaders dudit parti suspecté a déclaré qu’aucune rencontre n’a eu lieu avec le candidat déclaré de la majorité, de forts soupçons demeurent. Tout comme, d’ailleurs, sur la sortie du bois de l’ex-PM d’OuldTaya, logé à la même enseigne.

Une chose est certaine : les partis politiques de l’opposition  affichent et étalent leurs divergences sur la place publique, compliquant les chances de compromis  au sein de l’AEOD. Quand le vice-président de Tawassoul déclare que l’AEOD a circonscrit son choix autour de deux candidats : Ould Bettah et Ould Boubacar ; le parti  Sawab rectifie, dans  un communiqué : « Trois choix ont été déposés, lors de la dernière réunion de la coalition des partis de l’opposition ; à savoir, le député Biram Dah Abeid, maître Mahfoudh ould Bettah et, de l’extérieur de la coalition, Sidi Mohamed ould Boubacar ». Gros nuages donc sur l‘unanimité  autour  d’un candidat unique et la déclaration du RFD, affirmant qu’il n’a refusé aucun  des  candidats, révèle combien les divergences  sont profondes.

Mais, au final, le  véritable  problème de l’Alliance semble être le nerf de la guerre. Notre remarque précédente au sujet de Bouamatou le signalait déjà : les partisans de la candidature externe  expliquent  que l’opposition ne dispose pas de moyens financiers pour battre campagne et qu’elle a besoin d’un candidat assuré d’autres forces. Le pouvoir au prix de l’espoir ? Le choix d’Ould Boubacar– ou de tout autre de son acabit – pourrait bien enterrer définitivement l’espérance que l’opposition avait, jusqu’ici, réussi  à susciter. La démocratie mauritanienne ou ce qui en tient lieu en sortirait notablement altérée. Car à quels désespoirs, alors, les militants se verraient-ils abandonnés ?

DL (Le Calame)