Education : L’Assemblée nationale approuve un financement de 72 millions de dollars pour une éducation inclusive et régionale au Sahel | Mauriweb

Education : L’Assemblée nationale approuve un financement de 72 millions de dollars pour une éducation inclusive et régionale au Sahel

mer, 07/01/2026 - 11:35

L’Assemblée nationale mauritanienne a marqué, ce mardi, une étape cruciale pour l’avenir éducatif du pays et de la région. Sous la présidence de M. El Hassen Cheikh Baha, vice-président de l’institution, les députés ont approuvé à l’unanimité un projet de loi autorisant la ratification d’un accord de financement majeur avec l’Association Internationale de Développement (IDA). Cet accord, signé le 27 juillet 2025, est destiné à financer le « Projet d’Intervention Régionale pour l’Apprentissage et la Coopération dans le domaine de l’Éducation dans la région du Sahel ».

Un financement mixte pour un impact régional

Le financement total du projet s’élève à 72,32 millions de dollars américains. Il se compose d’un prêt de 44 millions de dollars de l’IDA, soumis à l’approbation parlementaire, et d’une subvention de 28,32 millions de dollars de la Banque allemande de coopération (KFW), dont 12,9 millions sont déjà mobilisés. Ce montant significatif témoigne de la confiance des partenaires internationaux et de l’importance stratégique du projet.

L’initiative, dont ne bénéficient que la Mauritanie et le Tchad dans cette phase, avec l’Association des Universités Africaines comme partenaire technique, vise un double objectif : renforcer les capacités de gestion des systèmes éducatifs et élargir concrètement l’accès à l’éducation pour les jeunes les plus vulnérables.

Deux composantes clés : Gouvernance et Accès innovant

Le projet est structuré autour de deux axes principaux :

1-Création d’un Institut Régional à Nouakchott : Une composante phare consiste en la création et l’activation d’un institut régional intergouvernemental dont le siège sera établi dans la capitale mauritanienne. Cet institut sera un pôle d’excellence axé sur la recherche appliquée, la formation des cadres, le conseil politique et la production de connaissances pour améliorer les politiques éducatives dans toute la région du Sahel.

2-L’« École Régionale Ouverte » pour les exclus du système : La deuxième composante est opérationnelle et directement sociale. Elle vise à développer des parcours éducatifs flexibles via le modèle de « l’école ouverte ». Ce dispositif expérimental est conçu pour offrir une seconde chance d’éducation à près de 850 000 jeunes vulnérables âgés de 10 à 18 ans, notamment les enfants de réfugiés, les nomades et les autres jeunes non-scolarisés dans les communautés d’accueil.

Un alignement avec les priorités nationales

Présentant le projet devant l’hémicycle, le ministre des Affaires économiques et du Développement, M. Abdallahi Souleymane Cheikh Sidiya, a souligné son adéquation parfaite avec le programme du Président de la République, M. Mohamed Cheikh El Ghazouani, qui accorde « une importance particulière au développement du secteur de l’éducation nationale ». Il a insisté sur les objectifs de diversification des formations, d’augmentation des capacités d’accueil et d’amélioration de la qualité.

Le ministre a également rassuré sur les mécanismes de gouvernance, de suivi et d’évaluation, affirmant qu’ils seraient renforcés « selon les normes de transparence et d’efficacité, au service du peuple mauritanien ».

Lors des débats, les députés ont globalement salué ce financement dédié au développement humain. Cependant, leurs interventions ont exprimé plusieurs exigences fortes :

-Évaluation et efficacité : Ils ont insisté sur la nécessité de mesurer l’impact réel de ces fonds sur le terrain et d’assurer une exécution rapide et efficace des projets.

-Souveraineté nationale : Une inquiétude a été soulevée concernant la gestion des projets financés de l’extérieur. Les parlementaires ont demandé à incarner le principe de souveraineté nationale, en évitant que le conseil et le contrôle ne soient systématiquement confiés à des entreprises étrangères des pays donateurs.

-Inclusion des personnes handicapées : Un appel pressant a été lancé pour qu’une part significative du projet soit allouée à l’inclusion des personnes en situation de handicap. Les députés ont plaidé pour le développement de méthodes pédagogiques adaptées (langue des signes, braille) afin d’assurer leur pleine intégration dans le système éducatif.

L’adoption de ce projet de loi est bien plus qu’une formalité budgétaire. Elle représente un engagement fort de l’État mauritanien en faveur d’une éducation inclusive et innovante, et consolide la position de la Mauritanie comme un acteur et un pôle de savoir régional avec l’établissement de l’institut à Nouakchott. Le défi sera désormais de traduire cet engagement financier et politique en résultats tangibles pour les centaines de milliers de jeunes qui en dépendent, tout en répondant aux légitimes attentes de souveraineté et d’équité exprimées par les représentants de la Nation.