Mauritanie – BAD : derrière les sourires de Rabat, un partenariat qui peine à se transformer | Mauriweb

Mauritanie – BAD : derrière les sourires de Rabat, un partenariat qui peine à se transformer

sam, 29/11/2025 - 12:37

 À l’occasion du Forum de l’Investissement en Afrique 2025, le ministre mauritanien des Affaires économiques, Dr Abdallah Ould Souleymane Ould Cheikh Sidia, et le président de la Banque Africaine de Développement (BAD), Dr Sidi Ould Tah, ont tenu une réunion qualifiée de “haut niveau”. Officiellement, la rencontre visait à consolider le partenariat stratégique entre la Mauritanie et la BAD. Mais derrière les communiqués lissés et les promesses répétées, les mêmes questions demeurent : ces réunions produisent-elles encore autre chose que des bilans invisibles et des engagements jamais suivis d’effet ?

Un partenariat célébré… mais en panne de résultats visibles

Depuis des années, les gouvernements successifs saluent l’accompagnement de la BAD dans des secteurs clés : infrastructures, énergie, agriculture, transports, secteur privé. Pourtant, sur le terrain, les projets peinent à se matérialiser ou avancent à un rythme incompatible avec l’urgence sociale et économique du pays.

Routes promises mais non achevées, retards dans les projets énergétiques, dossiers PPP qui s’enlisent, études interminables : la BAD finance souvent… mais la Mauritanie exécute rarement dans les temps.

Cette inertie combinée — lenteurs nationales, lourdeurs institutionnelles de la Banque — transforme ce partenariat stratégique en un catalogue d’annonces plus qu’en un levier réel de transformation.

Des échanges techniques qui se répètent à chaque mission

La réunion de Rabat a repris les mêmes thématiques que celles déjà discutées à Abidjan, Nouakchott ou Washington : amélioration du climat d’investissement, renforcement de la qualité d’exécution, soutien aux réformes économiques, mobilisation de financements additionnels et intégration régionale.

Autrement dit : les mêmes recommandations que celles formulées depuis dix ans.

À force de répéter les mêmes diagnostics, sans corriger les défaillances structurelles (faible absorption des financements, lenteur des passations de marché, absence de suivi rigoureux), le partenariat Mauritanie–BAD ressemble parfois à une réunion en boucle.

Un portefeuille de projets où les retards sont la norme

La BAD finance plusieurs projets structurants en Mauritanie, mais : les infrastructures souffrent de retards chroniques ; les projets hydrauliques et agricoles avancent à un rythme trop lent pour répondre aux besoins ; les volets sectoriels manquent de suivi et d’évaluations intermédiaires et les projets d’appui au secteur privé restent timides.

Le ministère des Affaires économiques n’a jamais réussi à instaurer une véritable culture de performance, et la BAD, malgré son expertise, n’exige pas suffisamment d’obligations de résultats.

Résultat : les milliards annoncés ne se traduisent pas assez vite en infrastructures fonctionnelles, en emplois ou en services publics tangibles.

Une administration nationale trop lourde, une BAD trop procédurière

La rencontre de Rabat ne masquera pas une réalité largement documentée : l’administration mauritanienne souffre d’un déficit d’ingénierie, de compétences techniques et d’outils de suivi ; les procédures de la BAD, très rigides, allongent les délais de validation et de financement ; la coordination entre les deux parties reste insuffisante.

Ce double blocage fait de la Mauritanie l’un des pays où le taux d’absorption des financements BAD est parmi les plus faibles de la région.

Ce que la réunion n’a pas traité : l’exigence de transparence

La communication officielle omet soigneusement des sujets essentiels : le manque de transparence dans les marchés publics liés aux projets financés par la BAD, l’absence d’audits indépendants publiquement accessibles, les retards de décaissement liés à des dossiers incomplets et les changements fréquents de responsables administratifs chargés des projets.

Le partenariat ne gagnera en crédibilité qu’à travers une gouvernance claire, non par des communiqués de satisfaction mutuelle.

À Rabat, la Mauritanie et la BAD ont parlé de consolidation, d’accélération, d’intégration.
Mais la question centrale reste entière :

Quand les Mauritaniens verront-ils réellement les effets de ce partenariat dans leur vie quotidienne ?

Pour l’instant, la réponse n’est pas dans les discours, mais dans les chantiers en retard.
Le partenariat existe, mais sa performance est insuffisante. L’heure n’est plus aux réunions protocolaires : elle est aux résultats, aux délais tenus, aux projets livrés — bref, à l'efficacité.