Evénements 89 Sénégal-Mauritanie : 30 ans après, les conséquences se font toujours sentir | Mauriweb

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"Ce pouvoir nous a tout pris, même notre dignité, notre liberté, notre justice, notre santé, notre ceinture verte, notre aéroport, notre zone franche, notre port,nos mines (....jusqu'au gravier), nos écoles....on lui demande de tout nous rendre... 
LA PEUR A DISPARU"

 

Evénements 89 Sénégal-Mauritanie : 30 ans après, les conséquences se font toujours sentir

mar, 09/04/2019 - 13:37

L’interprétation tendancieuse des faits liés aux événements de 1989 entre nos deux pays par certains de nos confrères sénégalais ravive une douleur encore vivace et profonde où de paisibles citoyens innocents ont fait les frais d’une hystérie gouvernementale des deux côtés.

La Mauritanie et le Sénégal avaient rompu leurs relations diplomatiques le 21 août 1989. Une date qui correspond aux conséquences d’un conflit nourri et exécuté par les gouvernements des deux pays.

Si nos confrères sénégalais retrouvent la mémoire quant à l’origine de ce conflit dans une dispute banale entre bergers peuls mauritaniens et des agriculteurs sénégalais, ils restent évasifs sur les origines politiques profondes de ce pan inhumain de notre histoire commune.

Mais à y bien réfléchir, sénégalais et mauritaniens savent pertinemment que les troubles politiques au Sénégal, le Sopi était en vogue, en cette période, et la tentative de coup d’Etat avortée des Flam et des Bathistes en Mauritanie, la fin des années 80, ont servi de prétexte pour les deux gouvernements afin de détourner les populations de leurs véritables problèmes, tentant de les dresser les unes contre les autres. Une diversion qui a bien pris trois ans durant.

Pire encore, ce qui au départ, n’était qu’une dispute ordinaire a été présentée par une certaine presse à l’époque comme un conflit ethnique entre négroafricains du Sénégal contre arabes en Mauritanie.

Le gouvernement Abdou Diouf, tout comme celui de Taya, ont jeté l’huile sur le feu embrasant encore davantage la situation  qui couvait encore. Il faut reconnaitre au régime mauritanien un long mutisme sur l’affaire avant que le président Abdou Diouf, en larmes feintes ou réelles, n’apparaisse sur le petit écran, pour donner une dimension encore plus sournoise à une situation déjà déplorable et accablant par la même notre pays incapable de présenter une autre image que celle dont l’ont acculé les médias.

Pourtant, à Dakar, comme à Nouakchott, et en période de Ramadan, de paisibles citoyens des deux bords ont été sacrifiés à l’autel de la vindicte gouvernementale. Une histoire de communication pour le gouvernement sénégalais,  pays de liberté pendant que dans notre pays c’était une junte militaire qui assumait le pouvoir manu militari. L’animosité existentielle de certains médias occidentaux trop enclins à présenter le conflit sous une coloration de peau a finalement donné la fausse perception qu’il s’agissait d’un conflit nourri par les clivages ethniques entre négro-africains et arabes.

Une histoire douloureuse pour laquelle les deux régimes de l’époque ont les mêmes responsabilités.

Le bilan des pertes dans cette folie meurtrière est inestimable en vies humaines perdues ou définitivement ébranlées.

Les états d’urgence et les couvre-feux instaurés n’ont en définitive servi que pour des purges et des déportations de citoyens à part entière notamment chez nous sous la poussée de mouvements xénophobes.

Mais les développements politiques qui ont suivi et le parrainage par le Sénégal d’attaques contre la Mauritanie ont encore fortifié le sentiment d’animosité entre les deux pays avant qu’ils ne reviennent à la raison en 1992 pour sceller leurs retrouvailles.

Des retrouvailles qui seront encore remises en cause avec l’affaire des vallées fossiles et la crise humanitaire qui s’en est suivie avec le renvoi de milliers de sénégalais vers leur pays.

Mais aujourd’hui encore, la Mauritanie supporte le lourd tribut de ce conflit avec les innombrables effets pervers sur son Unité nationale en dépit du « Pardon » invoqué par l’Etat et des opérations de retour au pays natal de milliers de mauritaniens parqués de longues années dans des camps de réfugiés au Sénégal, les cicatrices restent là pour rappeler où peut mener la folie des hommes.

Trente ans après, les mêmes problèmes d’osmose communautaire reviennent avec la même résonnance. Le legs du conflit avec le Sénégal a beaucoup entaché l’image du pays dans le reste du monde et créé durablement des séquelles au sein d’un même Peuple.

J.D