Comment assurer l’équité en matière de santé-  Par Eric A. Friedman | Mauriweb

Message

"Ce pouvoir nous a tout pris, même notre dignité, notre liberté, notre justice, notre santé, notre ceinture verte, notre aéroport, notre zone franche, notre port,nos mines (....jusqu'au gravier), nos écoles....on lui demande de tout nous rendre... 
LA PEUR A DISPARU"

 

 Comment assurer l’équité en matière de santé-  Par Eric A. Friedman

mar, 12/03/2019 - 16:00

WASHINGTON, DC – En 2015, la communauté internationale s’est engagée à atteindre les Objectifs de développement durable — un programme exhaustif couvrant presque tous les aspects du développement — d’ici 2030. Mais elle doit également faire une place à la sorte de démarche rigoureuse, systématique et inclusive nécessaire à l’élimination des inégalités qui empêchent des milliards de personnes de jouir d’une longue vie en santé.

Le rapport des Nations Unies de l’année dernière sur les progrès dans l’atteinte des ODD a fait le constat que le nombre de personnes souffrant de la faim est actuellement en train de croître, comme le nombre de cas de paludisme. Qui plus est, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les répercussions des changements climatiques arrivent plus rapidement que prévu. Les populations les plus démunies et les plus vulnérables seront celles qui sont les plus frappées.

Ce n’est certes pas la façon d’honorer les engagements du cadre ODD appelé le programme de développement durable de 2030, voulant que « personne ne doive être laissé pour compte ». Mais il ne faut sans doute pas s’en étonner. Le monde a peu fait pour éliminer les inégalités, notamment en santé. Les prédécesseurs des ODD, les objectifs de développement du millénaire (ODM), ont apporté des améliorations modestes sur le plan de l’équité dans l’accès aux soins de santé dans bien des pays, mais dans une minorité appréciable de pays, les conditions de vie des segments les plus démunis de la population ont encore régressé.

Au Nigeria, l’accès aux interventions de base en contraception, en maternité, en obstétrique et en pédiatrie demeure cinq fois plus élevé pour ceux qui se situent dans le quintile supérieur de richesse que ceux qui appartiennent au plus bas quintile (68 %, comparé à 13 %). Au Bangladesh, 74 % du quintile le plus riche a accès aux soins d’obstétrique, par rapport à 18 % pour les plus pauvres.

Des inégalités alarmantes d’accès à la santé persistent même dans les économies avancées. Aux États-Unis, dans le quartier Roland Park de Baltimore, largement habité par des résidents blancs et en moyen, où l’expectative de vie est 16 ans plus longue que les noirs qui résident dans le quartier défavorisé de Greenmount East, situé seulement à quelques kilomètres de là.

 

Assurer l’atteinte des ODD là où les ODM ont échoué exige une intervention mûrement réfléchie, globale et inclusive qui s’attaque de plein front à la « répartition inégale du pouvoir, de l’argent et des ressources » qui sert de toile de fond aux inégalités en soins de santé. Le cadre des programmes d’intervention visant l’équité dans l’accès aux soins de santé, promu par l’Institut O’Neill pour le droit de la santé nationale et mondiale de la faculté de droit de l’Université Georgetown, vise à faciliter la mise en œuvre d’une telle réplique.

Inscrits dans les obligations des pays des droits de la personne, les programmes d’intervention pourraient être mis en œuvre par le truchement de programmes de santé nationaux ou des stratégies de développement national, d’ODD ou d’inclusion sociale. Ils adhéreraient à sept principes :

• Faciliter le renforcement de la participation et de direction inclusive. Les membres de populations défavorisées et marginalisées feraient partie des décideurs, contribuant à l’orientation des structures et processus pertinents.

• Maximiser l’équité dans l’accès aux soins de santé. Il faut s’attaquer aux disparités de toutes les maladies et aux autres menaces à la santé, ainsi qu’aux déterminants structurels de la santé.

• Réseaux de santé et autres. Il faut prendre en compte tous les facteurs sociaux, culturels, environnementaux, économiques et politiques de la santé.

• Toutes les populations sont importantes. Outre les interventions pour contrer les causes communes des inégalités en santé — comme la discrimination, la pauvreté, les logements insalubres et les inégalités d’accès à l’éducation — les facteurs propres à une ou plusieurs populations doivent aussi être abordés.

• Interventions, cibles et échéanciers. Les interventions doivent être circonscrites et liées à des cibles mesurables et délimitées dans le temps.

• Responsabilité englobante. Les interventions et les cibles doivent être intégrées aux stratégies sectorielles et recouvrir un large éventail de contrôles et d’évaluations (notamment par des organismes indépendants), de renforcements des capacités et de structures qui intègrent la responsabilité à tous les échelons du réseau de santé et d’autres réseaux pertinents.

• Engagement politique permanent des échelons politiques supérieurs. Les programmes d’intervention ne peuvent être mis en œuvre que si les chefs politiques sont déterminés à travailler sans relâche et systématiquement pendant une période prolongée, attribuant les ressources pertinentes selon les besoins.

 

Nous avons moins de 12 ans pour réaliser les ODD. Sans des initiatives globales et résolues pour éliminer les inégalités en santé — du genre qui fait la promotion de l’équité dans des programmes d’intervention de l’accès aux soins de santé — nous échouerons. C’est pourquoi les pays devraient urgemment adapter les sept principes à leurs circonstances et les incorporer dans leur processus de planification en matière de santé et de développement. À cette fin, ils peuvent tirer avantage du nouveau cadre de mise en œuvre de programmes d’intervention pour l’équité dans l’accès aux soins de santé.

L’ONU et l’Organisation mondiale de la santé — dont les principes sont cohérents avec ceux de programmes d’intervention pour l’équité dans l’accès aux soins de santé — devraient encourager les États à adopter ce cadre. Comme devraient le faire également les agences de financement et de développement, notamment le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et les organismes de la société civile.

Les inégalités en santé ne sont pas inévitables. Elles sont le produit d’iniquités créées par la société. Il est de notre pouvoir d’éliminer ces injustices.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

 

Eric A. Friedman est chercheur boursier dans le domaine de la santé mondiale à l’Institut O’Neill pour le droit de la santé nationale et mondiale de la faculté de droit de l’Université Georgetown.

 

Copyright: Project Syndicate, 2019.
www.project-syndicate.org