
La Commissaire à la sécurité alimentaire, Fatimetou Mint Khattri, a réuni ce mardi les walis des trois régions de Nouakchott pour passer en revue les programmes sociaux mis en œuvre dans la capitale et préparer, une fois de plus, l’« opération Ramadan ». Une rencontre administrative de plus, inscrite dans un calendrier désormais bien connu, mais qui peine à dissiper un malaise de fond : malgré la multiplication des réunions, des distributions et des annonces, l’insécurité alimentaire continue de s’installer durablement dans les quartiers les plus précaires de Nouakchott.
L’opération Ramadan, un dispositif devenu routinier
Comme chaque année, la préparation du mois de Ramadan s’articule autour des mêmes instruments : distributions alimentaires gratuites et ouverture de points de vente de produits de base à prix subventionnés. Des mesures nécessaires à court terme, mais qui soulignent aussi l’incapacité de l’État à proposer des solutions structurelles à la pauvreté urbaine et à la cherté de la vie.
Le caractère cyclique de ces opérations pose question. Pourquoi faut-il attendre systématiquement le mois de Ramadan pour reconnaître l’ampleur de la vulnérabilité alimentaire ? Et pourquoi les mêmes mécanismes d’urgence sont-ils reconduits sans évaluation publique rigoureuse de leur efficacité réelle, de leur ciblage et de leur impact à moyen terme ?
Coordination invoquée, dysfonctionnements récurrents
La commissaire a insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre autorités administratives, élus locaux et services de la Commissariat. Un aveu implicite des défaillances constatées sur le terrain : listes contestées, chevauchements d’interventions, exclusions de ménages vulnérables et soupçons persistants de favoritisme.
Dans plusieurs quartiers périphériques de Nouakchott, les bénéficiaires se plaignent régulièrement d’un manque de transparence dans l’identification des ayants droit, tandis que d’autres, mieux connectés aux réseaux locaux, semblent bénéficier de ces aides de manière répétée.
Une approche assistancielle qui s’installe
En mettant l’accent sur les distributions et les subventions temporaires, l’action publique s’inscrit dans une logique essentiellement assistancielle. Or, l’insécurité alimentaire à Nouakchott est le symptôme de problèmes plus profonds : chômage massif, informalité de l’économie urbaine, flambée des loyers, faiblesse des revenus et érosion continue du pouvoir d’achat.
Sans articulation claire avec des politiques de création d’emplois, de protection sociale durable et de régulation des marchés, les interventions de la Commissariat à la sécurité alimentaire risquent de se limiter à gérer la pénurie, sans jamais s’attaquer à ses causes.
L’invocation constante des directives présidentielles
Comme souvent, le discours officiel se réfère aux « hautes orientations » du président de la République. Si l’alignement institutionnel est politiquement attendu, il ne saurait se substituer à une obligation de résultats mesurables. La question centrale demeure : combien de familles sortent durablement de la vulnérabilité grâce à ces programmes ? Et selon quels indicateurs cette réussite est-elle évaluée ?
Entre urgence sociale et absence de vision durable
La tenue de cette réunion illustre une gouvernance sociale fondée sur la réaction plutôt que sur l’anticipation. À défaut d’une stratégie urbaine intégrée de sécurité alimentaire, appuyée sur des données actualisées, une cartographie fine de la pauvreté et des mécanismes de suivi indépendants, les opérations ponctuelles continueront de se succéder sans rompre le cercle de la précarité.
À Nouakchott, l’urgence alimentaire n’est plus saisonnière. Elle est structurelle. Et elle appelle des réponses qui dépassent largement le cadre de réunions périodiques et de distributions symboliques.

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