Le violon magique de Ghasem | Mauriweb

Le violon magique de Ghasem

mar, 23/03/2021 - 11:21

Ghasem a hérité de son père l'amour du violon. Sa principale distraction, sa passion c'était de jouer au violon. Il était devenu accroc à cet Instrument. Pourtant personne ne pouvait lui prédire un tel avenir. Lorsqu'il était jeune et que les autres partaient à l'école, Ghasem s'enfermait souvent dans la maison de sa mère. C'est une vaste demeure avec une large cour parsemée de pierres. Sa mère avait hérité cette maison de son premier mariage avec un étranger venu du Nord. De cet étranger elle n’avait eu qu’un enfant: Ghasem.

Devenu majeur, Ghasem entretenait un petit jardin qu'il n'arrivait jamais à maintenir à cause du manque  d'eau. Il n’avait pas la main verte. Le fût d’eau de 200 litres qu’ils avaient installés dans la cour à l’ombre du mur, coûtait très cher et parvenait à peine à satisfaire les besoins d’une famille comme la sienne. Il s'occupait aussi de la propreté de la cour en ramassant les ordures et quelques fois il peignait la girafe en griffonnant sur le mur de clôture.

Dans cette minuscule maison, Ils étaient une douzaine de frères et sœurs. Leur mère était une femme pauvre mais très respectée. Elle parvenait tant bien que mal à subvenir aux besoins de sa famille qui s'agrandissait chaque année un peu plus, ce qui alourdissait sa responsabilité sans jamais se plaindre.

 Bon an mal an, ses enfants avaient droit à un repas par jour mais si les aides parvenaient au village, ce qui était rare, ils pouvaient en plus du déjeuner prendre le petit déjeuner habituel.

En effet une fois par an le chef du village leur fournissait un sac sur lequel était écrit en encre indélébile “don de la république bancaire du Nord”. Elle savait que le don était gratuit mais pour avoir le privilège d'être sur la liste des bénéficiaires, elle devait s'acquitter d'une somme de 100 MRU par caisse.

 

Cette situation l’énervait mais parce que ses enfants avaient l’estomac dans les talons, elle gardait son calme. Chaque famille retenue avait droit à deux caisses dans lesquels on trouvait dix paquets de biscuits secs, deux litres d’huile d'olives et trente sachets d'un mélange d'haricot et d'amandes. Cette ration gérée par la mère de Ghasem pouvait tenir deux mois.

Ce qui, par contre, pouvait mettre leur mère dans tous ses états et la faire sortir de son calme olympien c’étaient les coupures intempestives d'électricité. Elle pouvait se passer de cette lumière, transportée sur le dos des poteaux en acier venus de nulle part, n'eût été ses enfants qui préparaient leur troisième bac pour les plus âgés d'entre eux, les plus jeunes quant à eux préparaient leur entrée en sixième. La nuit tombée les frères et sœurs allumaient deux bougies. La première bougie était exclusivement dédiée aux mathématiques et la seconde est réservée aux cours à réciter.

Ghasem n'avait cure des coupures et des examens qui n'en finissent pas. Du haut de la colline où leur maison est perchée il s'adonnait à sa passion, il jouait son violon magique. Les mélodies, qu'il jouait, sont emportées par le vent qui les ramène au village sans perdre la moindre intonation ni la moindre note. La symphonie qu'il jouait a été renommée par les villageois “la berceuse”.

Tous les enfants en bas âge qui n'arrivaient pas à dormir sont bercés par cette mélodie et s'endormaient aussitôt comme un loir. Certaines familles ont remarqué que durant leur sommeil certains enfants avaient même le sourire aux lèvres. C'était époustouflant. Chaque Fois que les enfants pleuraient pour quelques causes que ce soit on faisait appel à Ghasem qui se précipitait en jouant avec son violon la chanson habituelle “la berceuse”.

Ghasem avait remarqué que le violon ne jouait qu'à la tombée de la nuit. Il avait essayé plusieurs fois de jouer au violon en plein jour mais en vain. Après plusieurs tentatives il renonça à ses essais. Le violon, disait-il, était peut-être, sensible à la lumière. Il était aussi sensible aux personnes. Ghasem avait essayé, difficilement, de bercer un enfant qui était atteint d’une folie communément appelée “helélé”. L'enfant a continué sa folie tard la nuit. Au moment où Ghasem voulait plier les gaules, l'enfant s'endormit brusquement le sourire aux lèvres jusqu'au petit matin.

C'est durant le printemps que les enfants du village n'arrivaient plus à dormir et que la folie du « helélé » se généralisait. Une épidémie qui avait fait de nombreuse victime. Avec son violon magique Ghasem fût très sollicité par les familles et il s'adonnait à coeur joie à sa passion. Jouer le violon chaque nuit et fredonner sa mélodie préféré “la berceuse”.

Utilisé pour les personnes agées le violon était trés efficace. En deux temps trois mouvements Ghasem pouvait faire endormir une cité, un bataillon de l’armée et des milliers de manifestants.

La mére de Ghasem était inquiéte sur le sort de son fils. Elle ne cessa de le rappeler à la raison lorsqu’il ramena pour la premiére fois à la maison de l’argent qu’il avait gagner grâce au violon. Ghasem a expliqué à sa mére que les familles lui ont versés ces sommes moyennant le service rendu: celui d’endormir leurs enfants. Contre une généreuse rétribution versée à Ghasem, le chef du village avait aussi utilisé les services de Ghasem plusieurs fois lorsqu’il dû faire face à des protestations des populations. Ces manifestations n’étaient pas contre le chef du village ni contre ses méthodes de gouvernance loin de là, avec le chef ils tiennent les pieds chauds. Les habitants voulaient cette fois que le chef interdise au soleil de se lever avant 8h.

Sa mère disait que les cris de ses enfants n’étaient que la manifestation d’un mal qu’ils ressentaient et qu’il fallait un médecin pour diagnostiquer le mal et prescrire un médicament. Mais leur fredonner des mélodies avec un violon s’était un acte inadmissible‼‼!. C’était comme si on subtilisait leur douleur.

“Tu n’es pas un médecin, ton travail avec ce violon ressemble plutôt à celui d’un magicien” martelait-elle à son fils. Faire endormir les personnes pour qu’ils oublient leur chagrin, leur angoisse, leur souffrance n’était pas la bonne méthode. Il faut disait-elle que le chef du village face un effort pour voir la cause de ces souffrances et ces cris qui déchirent le ciel. Ce n’est pas à toi de les endormir avec des mélodies. Tu dois plutôt apprendre à traiter le mal par la racine et non d’inhiber la douleur pour un laps de temps. Je sais, disait-elle à son fils, que cela te rapporte de l’argent et qu’il te sera difficile d’ignorer l’oseille.

H.A.Bouh