La fondation Mukwege plaide pour une prise en charge holistique des victimes du viol | Mauriweb

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LA PEUR A DISPARU"

 

La fondation Mukwege plaide pour une prise en charge holistique des victimes du viol

mer, 13/03/2019 - 13:00

La prise en charge holistique des victimes du viol, en temps de guerre mais également en situation de paix, doit devenir un droit humain fondamental, ont plaidé les panélistes présents mardi lors d’une session organisée par la Fondation Mukwege aux Nation Unies, en marge de la 63e Commission de la condition de la femme. Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte a qualifié le modèle développé par l’hôpital de Panzi, en République démocratique du Congo, d’ »exemplaire ». Ce dernier permet aux « survivantes », terme cher à la Fondation Mukwege, de trouver un accompagnement individuel approprié à différents niveaux: psychologique, social, juridique et socio-économique. Entre 1999 et fin 2018, 52.000 femmes ont été accueillies au sein de l’établissement hospitalier de Bukavu.

C’est la venue d’une femme âgée, victime d’un « viol d’une extrême violence », qui a fait changer la manière de travailler du Dr Mukwégé, prix Nobel de la paix en 2018. « Les soins médicaux se sont avérés insuffisants. Cette grand-mère avait été violée devant toute sa famille. La réparation de son corps lui paraissait insignifiante par rapport à l’humiliation subie. Cette situation nous a ouvert les yeux sur l’opportunité d’une approche holistique. Le corps était bien sûr détruit mais l’esprit était aussi brisé. Panzi a pour vocation de transformer une victime en une survivante », a expliqué dans une vidéo le gynécologue congolais qui n’a pas pu assister à la réunion.

Le premier pilier est médical. « Nous savons que des victimes qui n’ont pas accès à ces soins sont mortes », entame dans son témoignage Tatiana Munkanire, victime et coordinatrice du mouvement des survivantes en RDC. Quant au soutien psychologique, il est « nécessaire pour redevenir une personne humaine. Le viol est une humiliation profonde qui nous amène à mourir au fond de nous. C’est une douleur insupportable et difficilement consolable. » L’assistance juridique permet aux victimes « de dénoncer leur bourreau d’être reconnue comme victime. Dans mon pays, et dans d’autres je pense, on continue de faire porter la responsabilité sur la victime », déplore-t-elle. « En République démocratique du Congo, le viol touche aussi des enfants alors qu’elles ne sont âgées que de quelques mois », insiste Tatiana avant d’aborder l’impact économique considérable de ce type de violences. « Les quatre piliers n’effaceront jamais ce que nous avons vécu mais ils viennent adoucir notre souffrance et accompagne notre guérison », a-t-elle conclu.

Les discriminations et les violences envers le femmes sont également une réalité en Europe, a souligné M. Demotte. « De nombreuses femmes sont victimes de violences diverses, y compris sexuelles, comme le viol, le harcèlement, les mutilations génitales ou les mariages forcés; si bien que, là également, nous devons agir », a-t-il dit prenant pour référence les trois centres créés en Belgique en 2017 au sein de structures hospitalières, offrant la même approche holistique et accueillant au total quelque 1.300 victimes.

« Ce double exemple, congolais et belge, montre qu’au-delà des grandes différences de contexte, ce modèle d’approche holistique des soins a toute sa pertinence. Tout indique qu’il mérite d’être généralisé et considéré comme un standard des droits humains au niveau international », a appelé le ministre-président.

« Il est urgent que le modèle holistique devienne un standard dans le monde entier », a aussi plaidé le Dr Mukwege.​

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