Le quinquennat de tous les dangers. | Mauriweb

Le quinquennat de tous les dangers.

jeu, 11/05/2017 - 14:38

Une fois encore et comme d’habitude  à l’occasion de chaque crise politique,    l’incertitude, les interrogations, le scepticisme mais aussi et surtout une colère sourde et rampante  envahissent  les  mauritaniens qu’ils soient alliés du pouvoir,   qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité silencieuse ; En cette période de pré-élection référendaire, les observateurs ont noté  une certaine frilosité, des  contradictions, de l’improvisation pour ne pas dire de   l’amateurisme  dans les  actes posés  par un pouvoir  unilatéraliste dans ses entreprises et en fin de parcours. Le Président  Aziz  semble  de plus en plus submergé par le poids de ses décisions improvisées et contradictoires ; Il se jette sur le sénat  sans réfléchir,  il  souille  les symboles de la république,   il tripatouille la  constitution , il lance  des mesures  coercitives et insupportables  contre les pauvres transporteurs, il tyrannise les commerçants et hommes d’affaires  par les taxes et les impôts et les spolie, il  met en déliquescence l’administration par le choix de fonctionnaires véreux , incompétents et aux mœurs douteuses, il met à genoux l’économie nationale par l’improvisation de projets sans lendemains, il tue l’Education et la Santé, il crée des tensions et des conflits avec tous nos pays voisin et la  liste est longue…..  

Pire l’homme  est soupçonné par la majorité des mauritaniens d’avoir amassé une fortune colossale sur le dos des  pauvres  contribuables. Divisé, hypocrite  et incompétent son entourage  le pousse inéluctablement vers  la sortie  honteuse qu’il n’aurait pas imaginé, lui l’homme fort, tenace, sans état d’âme et croyant tout tenir. C’est comme si sa propre majorité, agacée par ses  comportements hautains  et   humiliants, envers elle  préparait à son encontre   une révolution de palais qui ne dirait pas son nom. Le  vote des sénateurs  contre les amendements  constitutionnels, acte d’une haute signification démocratique, qui a constitué un réel bouleversement  dans  les  habitudes de nos parlementaires,  a  été géré  avec  tellement de maladresse, que  cela a  mis a nu davantage  les limites, l’incohérence  du pouvoir et   son inculture démocratique. 

L’opportunisme d’une élite minoritaire  qui se traduit par une volonté insensée  et incompréhensible   de  justifier quoique vaille  l’usage de l’article 38 ,  par  l’organisation  de « moubadarats » burlesques,  confortent les mauritaniens  une énième fois  sur la médiocrité de leurs gouvernants et du système Aziz..Il est temps que les  acteurs  du système  qui se partagent la responsabilité de cette situation reviennent à la raison et à un esprit lucide et  responsable. La question n’est pas nécessairement d’être pour ou contre le pouvoir en place. Il s’agit  plus simplement  de  mettre en avant  l’intérêt  suprême  de la nation,  de s’oublier et  de faire passer au second plan  les intérêts  personnels ou de clan face à la prise des  grandes décisions qui  déterminent le présent et l’avenir de tout un peuple. Quoi qu’il en soit  nous devons tous être conscients  que  dans une atmosphère politique  délétère comme celle que nous vivons actuellement , salie par les affaires et  les  suspicions, marquée par une crise de confiance entre  tous les acteurs politiques, tendue par une crise économique et sociale et de plus en plus de soulèvements des  masses populaires  brisées et brimées, une sourde insoumission  qui ne dit pas son nom dans la majorité présidentielle ,   tous les leviers du développement  se grippent ; Les réalisations se  dissipent et sont vite oubliées quelle que soit la force de propagande qui les entoure, l’Education et la Culture se meurent, les maladies et l’ignorance déciment les populations, les projets sont ralentis, les acquis ne  sont point pérennes, les succès d’un jour deviennent des échecs le lendemain, les urgences sont permanentes, les prix montent, les denrées se raréfient, le pouvoir d’achat baisse, le niveau de vie aussi, la pauvreté s’installe, le pays s’endette davantage, la cohésion et l’unité nationales  sont menacées, le fossé entre riches et pauvres se creuse, l’incertitude  et le désespoir  étranglent les citoyens, la persistance des crises et des impasses politiques créent des boulevards d’incertitudes et  de dangers  qui menacent la paix et la stabilité du pays. Mais il faut  aller chercher  la source de cette situation bien plus loin  que dans l’exercice normal  de la démocratie au quotidien dans un pays normal. En Mauritanie la démocratie est née avec des tares congénitales  qui l’ont réduite  à  un outil que certains puissants groupes de pression manipulent, selon leur appartenance sociale, idéologique, corporative…..

Le rêve de jouir d’une réelle démocratie  avec ses élections libres et démocratiques, ses contrepouvoirs, ses institutions indépendantes, impartiales et compétentes ,  un système où chaque  citoyen recouvre ses droits et de ses libertés, s’est heurté à  des  phénomènes qui se  sont  au fil du temps interpénétrés et  renforcés mutuellement ; D’abord  la chappe  de plomb constituée  par l’immixtion  de l’armée dans la  gestion politique  du pays, ensuite  l’emprise des leaders  féodaux et religieux réfractaires aux changements et  l’oligarchie des hommes d’affaires sans état d’âme et obnubilés par le profit,  sur une  population électorale, démunie, peu instruite et vulnérable, le retard de la prise de conscience de l’élite  et de la classe moyenne  dans le rôle  qu’elles doivent jouer dans notre système démocratique, le manque de compétences et de crédibilité de nos institutions républicaines,  la réduction du potentiel contestataire vis-à-vis du pouvoir à quelques leaders et partis politiques  sans  représentation significative élargie  sur toute l’étendue du territoire et enfin l’absence de réels contrepouvoirs et  de régulateurs compétents de la vie politique. Quant  aux institutions républicaines  elles   n’arrivent pas à jouer leur rôle ; D’assujetties elles ont  évolué vers un état  amorphe qui a induit  leur  déphasage par rapport aux exigences de  l’heure. Le Conseil Constitutionnel  n’est  visible que pendant les élections pour  en  avaliser les résultats sans  discernement, le Conseil économique et social est un gros machin inerte, le médiateur de la République est en chômage déguisé, les deux chambres  et plus particulièrement l’Assemblée Nationale ne font qu’applaudir et enregistrer les actes de l’Exécutif, les média publics continuent  de plus belle   à jouer aux  laudateurs du régime en place, transgressant  la loi, leur statut  et leurs cahiers des charges,  les  régulateurs (HAPA, Are, Commissions des marchés ne font pas de vagues, l’IGE et la Cour des Comptes sont orientées par le pouvoir….

Et ne s’attaquent point aux grosses pointures). La démocratie  mauritanienne   continue sa  crise d’adolescence.   Elle n’arrive pas  à  se départir de son état  d’ersatz malgré les percées observées dans le domaine des libertés d’expression et d’association acquises depuis les réformes  engagées pendant la période de transition  entre 2005 et 2006. Et même ces  dernières sont fragilisées et exposées au pire par  l’usage qu’en font les acteurs ; Un sursaut national de tous les  patriotes est nécessaire pour  créer les conditions pacifiques et  démocratiques de changement profonds dans notre  système de gouvernance politique pour qu’au-delà de 2019 la Mauritanie vive une ère  nouvelle de son histoire ou règnent réellement la paix, la stabilité,  la démocratie, le pluralisme, l’égalité, la transparence, la probité, loin des turpitudes  et des entreprises hasardeuses et fatales à la survie de notre chère nation.     

 

Abou Moussa

pandelaboumoussa@yahoo.fr